Il l'est principalement car il est entièrement fait à la main (et pas n'importe quelles mains).
Ce type de montage de costumes requiert en effet une expérience incroyable aussi bien pour le coupeur (cutter), l'apiéceur (coatmaker), que le culottier (trousersmaker) et les finisseurs (c'est-à-dire boutonnières et rabattage des doublures) ainsi que du tailleur pour la prise des mesures et le plus important, les essayages et l'allure générale du vêtement que l'on a voulu créer.
Il faut bien comprendre que c'est non seulement le vêtement pour homme le plus perfectionné au monde (l'équivalent de la haute couture pour femmes, qui elle-même n'est pas capable d'effectuer ce travail spécifique aux hommes) mais aussi tout une tradition ancienne de deux cents ans, en l'occurrence anglaise pour les vêtements que je signe. Il ne s'agit pas seulement de faire des vêtements traditionnels mais aussi de leur donner un style ! Pour ma part, le seul et l'unique est le style anglais de Savile Row si toutefois la main d'oeuvre est de qualité (ce qui est le cas pour mes vêtements).
En résumé, il faut un oeil, une culture du vêtement, un style anglais et une main d'oeuvre de qualité (qui pour elle, tend à disparaître chaque année).
En réalité, réussir aujourd'hui, à maintenir cette tradition du vêtement entièrement fait à la main, tient de la performance pure mais vaut tellement la peine d'être perpétué.
Le processus du costume traditionnel
Le tailleur procède d'abord à la prise de mesures (environ 10 mn), infiniment plus rapide que le semi traditionnel car il a pour sécurité le ou les essayages intermédiaires sur toile qui lui permettent de modifier à sa guise quasiment tout le vêtement.
Puis le tailleur transmet les mesures et le modèle du vêtement au coupeur qui va fabriquer sur papier kraft le modèle du client (un modèle veste, un modèle de revers, un modèle de gilet, un modèle de pantalon).
Après quoi le coupeur (en l'occurrence qui est parfois le tailleur) prépare le tissu avant de le couper.
Le tissu est parfois décati (c'est à dire mouillé) puis repassé pour avoir une tenue finale.
Enfin le modèle en kraft est appliqué sur le tissu, puis les contours sont tracés à la craie bien aiguisée puis coupé.
On procède ensuite à ce que l'on appelle l'apprêtage, c'est-à-dire coupage des toiles (col et les devants) ainsi que les crins, les passements, et tous les morceaux qui viennent composer le costume (garnitures, rabats de cols, pattes, poche poitrine, passepoils, boutons, boucles, zip).
Le vêtement est maintenant coupé et roulé en plusieurs parties, on appelle cela des bûches.
Une bûche est la veste et ses fournitures qui vont à l'apiéceur (postée par Fedex à mon ‘’coatmaker’’ de ‘’Savile Row’’ à Londres). Une bûche est le gilet et ses fournitures qui vont à mon giletier à Paris. Une autre bûche, le pantalon et ses fournitures qui vont à mon culottier à Paris.
Donc tous les morceaux sont dispatchés vers différents métiers de montage du vêtement puis tous mis à l'essayage. Je récupère l'ensemble et procède au premier essayage du costume de mon client.
L'essayage pour la veste veut dire que les toiles et les crins sont déjà piqués à la main mais que la veste n'est que temporairement assemblée par de gros fils de coton blanc (en général) que l'on appelle des fils de bâti, ce qui également le cas pour le gilet et le pantalon.
Temporairement assemblée car le tailleur qui fait l'essayage, en l'occurrence moi, aura marqué à la craie et aux épingles toutes les modifications à apporter, et parfois démonter devant le client certains morceaux (les manches à repositionner, en anglais le pitch).
Ensuite le coupeur ou le tailleur s'il est le coupeur, procède à ce que l’on appelle le réglage, il démonte entièrement le vêtement assemblé au fil de bâti puis repasse les morceaux avec son fer de tailleur de 6 kg et apporte les modifications en retraçant certaines parties à la craie. C’est à ce moment que l’on modifie le modèle kraft du client.
Il arrive que cet essayage sur toile subisse trop de corrections ce qui implique un deuxième essayage sur toile pour plus de sécurité avant de finir le vêtement. Il peut arriver aussi qu'une autre personne intervienne dans la mesure où tous les apiéceurs (ou ‘’coatmakers’’) ne savent pas monter les manches.
Il faudra donc un monteur de manches.
Dans le cas d'une veste compliquée à carreaux ou en velours lisse, on a encore à ce stade les manches bâties, c'est-à-dire assemblées à la veste mais pas encore finies contrairement au reste de la pièce qui l'est.
Enfin le troisième essayage consiste à se délecter du beau travail accompli et à confirmer véritablement toute la justesse, les proportions et le style du vêtement en lui souhaitant longue vie.
En ce qui concerne le pantalon, comme il est préférable de faire deux pantalons par costume, on procède à l'essayage d'un des deux pantalons seulement puis le second est monté directement fini.
Il faut savoir, ce que les tailleurs ne disent pas toujours, qu'il existe ce que l'on appelle du raie large dans les vêtements semi traditionnels et traditionnels. Le raie large n'existe pas dans le prêt-à-porter par contre. Le raie large, c'est en fait du tissu supplémentaire que l'on laisse intentionnellement dans le différentes coutures du vêtement (couture poitrine, devant des épaules, carrure, petit côté, milieu de dos, sous le col, bas de manche). C'est à dire que lors d'une prise de poids au fil des années, on peut modifier la ligne du vêtement en reprenant ou en l'occurrence le plus souvent en relâchant certaines coutures. On imagine pouvoir relâcher à hauteur d'une prise de poids de 10 à 12 kg environ, moyennant bien sûr un coût supplémentaire qui reste ceci dit très raisonnable comparativement au prix d'origine du costume.
Il est également très courant dans cette tradition des costumes traditionnels ou ‘’bespoke’’ que ces costumes traversent plusieurs générations avec de telles modifications, ce qui a été le cas avec les costumes anglais de mon grand-père, qui pour certains dataient des années 30. Ce travail doit évidemment être effectué par une main d'oeuvre équivalente à celle qui a composé le costume à l'origine, sans quoi le costume est endommagé.
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